L'Union des États
Projet_L’Union des États est une installation conçue comme une fausse ambassade : une institution fictive prétendant parler au nom des nations. Le projet reconstitue, selon le lieu, une réception, un bureau des visas et le bureau de l’ambassadeur. L’ensemble imite le langage des organisations internationales : mobilier, comptoir, drapeaux, formulaires, affiches, graphiques. Un écran diffuse un programme où l’artiste lit un discours au jargon diplomatique, accompagné de bandeaux mêlant dépêches, cartes et statistiques (vraies et générées par IA). Peu à peu, le public comprend que cette mise en scène agit comme un camouflage : sous les mots de «coopération» et «sécurité» se logent des politiques de tri des corps et de contrôle des territoires. Classeurs et algorithmes d’évaluation exposent l’opacité bureaucratique. Une carte du Canada reconfigurée superpose frontières, territoires autochtones, zones d’extraction et routes migratoires un deepfake analogique du territoire.
Bio_Moridja Kitenge Banza (Kinshasa, 1980) est un artiste canadien d’origine congolaise basé à Tiohtià:ke/Montréal. Formé à l’Académie des beaux-arts de Kinshasa, à l’École supérieure des beaux-arts de Nantes Métropole et à l’Université de La Rochelle, il développe une pratique multidisciplinaire (vidéo, installation, photographie, dessin) où se croisent mémoire, histoire, identité et territoires. Lauréat du Grand prix Dak’Art (2010) pour la vidéo Hymne à nous et récipiendaire du Prix Sobey (2020), il a présenté son travail dans de nombreuses institutions au Canada et à l’international, notamment au Musée des beaux-arts de Montréal, au Musée d’art contemporain de Montréal, au Musée des beaux-arts du Canada, à l’Art Gallery of Ontario et à la Fondation PHI. Il siège au conseil d’administration du Musée d'art contemporain de Montréal et préside le conseil d’administration de Culture Montréal.
Démarche_Artiste multidisciplinaire, Moridja Kitenge Banza déploie une pratique où le médium n’est pas une catégorie, mais un appareil d’analyse. Peinture, photographie, installation ou vidéo lui servent de protocoles pour examiner des systèmes religieux, coloniaux, muséaux, cartographiques et archivistiques qui fabriquent des récits et les stabilisent en « vérités». En réactivant des formes historiques, il en révèle l’architecture : ce qu’elles rendent visible, ce qu’elles occultent, et les économies notamment extractives qu’elles naturalisent. Par montage, substitution et hybridation, il introduit une dissonance pour déplacer la perception : faire apparaître autrement ce qui semblait évident, et rendre lisibles des rapports de pouvoir invisibilisés. La fiction devient une méthode de décentrement : ouvrir des lectures multiples, reconfigurer les signes, rendre le passé actif au présent. Le temps se stratifie ; l’intime devient site d’archive.
