say hi pls
Projet_Xénia Lucie Laffely travaille sur une série d'œuvres textiles abordant la matérialisation d’images comme stratégie de résistance face aux politiques d’in/visibilisation numérique (effacement programmé, shadowban etc). Depuis quelques années, l’artiste travaille autour des enjeux d’accélération des images, comme celles qui défilent sans cesse dans nos stories Instagram, par exemple. Leur rythme dépasse notre capacité à les enregistrer, et ces extraits de vie disparaissent après 24 heures ou sont cannibalisés par l’intelligence artificielle. Dans sa pratique, Xénia Lucie Laffely cherche des stratégies matérielles et sentimentales pour offrir à nos archives numériques une alternative, une finitude incarnée, hors du monde digital. Elle s’intéresse aux stratégies visuelles et textuelles employées par certains comptes queers et politisés pour « tromper » les algorithmes et éviter le « bannissement fantôme » de leur contenu. Via la publication de selfies, d’animaux ou l'hybridation de certains termes, ces comptes jouent avec les normes algorithmiques pour diffuser un contenu critique.
En réponse à ces politiques de visibilité, Xénia Lucie Laffely archive ces images de tensions. Elle crée les compositions qui servent de base à ses pièces textiles à partir de ces images (avec l’accord des personnes concernées). Ces compositions sont ensuite matérialisées en œuvres textiles. En extrayant ces fragments du monde digital et en leur offrant un corps, Xénia Lucie Laffely développe l’idée d’un langage ornemental du camouflage. Inspirée par une esthétique « camp » et « glitchy », la densité de textures, des volumes et de détails permet alors de ralentir la lecture des images. L’excès de matérialité devient une forme de résistance en rendant ces images indigestes au monde numérique.
Bio_Xénia Lucie Laffely (née en Suisse, vit et travaille à Tiohtià:ke/Montréal) termine actuellement une maîtrise en beaux-arts à l'Université Concordia. Elle détient un baccalauréat et une maîtrise en design textile de la Haute école d’art et de design de Genève. Son travail a été exposé, entre autres, à la Galerie Hugues Charbonneau (Montréal), à la Galerie Bradley Ertaskiran (Montréal), à la Eastern Edge Gallery (St. John’s), au Kunstraum Niederoesterreich (Vienne), au Nieuwe Instituut (Rotterdam), au Centre National d’Art Graphique Le Signe (Chaumont) et à la Galerie Last Tango (Zurich). Elle a reçu le Swiss Design Award (2019) et a été finaliste du Swiss Art Award (2020).
Démarche_À travers sa pratique artistique, Xénia Lucie Laffely interroge de manière ambiguë et sentimentale les notions d’espace domestique, de culture numérique, de vanité, d’échec, de consumérisme ou encore d’histoires saphiques. En mêlant techniques artisanales et esthétique numérique, elle place la matière au cœur du processus : textile, métal, bois ou plastique forment alors un langage plastique intuitif. Elle crée des objets ou des espaces ambigus qui se situent entre la fonction et la fiction. À travers cette approche, elle interroge le potentiel d’un dialogue intime entre l’œuvre et celui·celle qui regarde. Son imagerie, nourrie d’autofiction, mêle histoires intimes, références populaires et souvenirs inventés. À la fois familiers et dérangeants, les récits qu'elle tisse matérialisent des histoires personnelles et collectives de manière charnelle, aplatissant les différences entre authenticité et hallucinations.
