L'art de ménager
Tous les jours, le monde est réparé. Des gestes sont posés pour entretenir, restaurer et revaloriser non seulement des objets, mais aussi des lieux et des relations. Dans une époque qui encourage l’innovation, la détérioration et la poussière sont néanmoins partout. Elles nous invitent à considérer ce qui nécessite du soin.
Dans les années 1970, l’artiste américaine Mierle Laderman Ukeles a déployé une importante série de performances portant sur le travail de maintenance. Serpillière ou chiffon à la main, elle a nettoyé pour révéler la somme des tâches qui permettent à la vie de se perpétuer, de même que les rapports de pouvoir qui structurent la répartition de ces tâches au sein de la société. Cinquante ans plus tard, la notion de maintenance demeure des plus actuelles : les infrastructures urbaines doivent être entretenues, les logiciels mis à jour, les corps soignés et les écosystèmes préservés. Comme le relève l’anthropologue Shannon Mattern, la maintenance se retrouve désormais au sein de nombreuses disciplines en tant que cadre théorique, éthique, méthodologie et cause politique. Ajoutons qu’elle peut également être une esthétique.
Réparer soi-même un appareil défectueux, transmettre un savoir-faire ou nourrir des communautés de partage favorisent l’émancipation. Tout ne doit pas être sauvé, mais ce qui a de la valeur mérite d’être ménagé.
Sans s’y limiter, les propositions pourront porter sur les axes de réflexion suivants :
- Environnement : recycler, réutiliser, préserver les écosystèmes, lutter contre l’extractivisme;
- Architecture et aménagement : restaurer les bâtiments, convertir le patrimoine, récupérer les matériaux, ménager plutôt qu’aménager le territoire;
- Travail : repos, jachère, décroissance, rôle des travailleur·euse·s des pays du sud dans la maintenance des pays du nord, travail reproductif, métiers du soin, solidarité et sollicitude.